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Coopération Suisse–Mali : Un nouveau programme pour renforcer le partenariat et la responsabilité mutuelle
jeudi 17 septembre 2026, par
Le Mali et la Suisse ont officiellement lancé, le 16 septembre 2026 à Bamako, leur nouveau Programme de coopération pour la période 2026-2029. Dans un contexte international marqué par de profondes mutations et des interrogations croissantes sur les modèles traditionnels de coopération, les deux pays entendent inscrire ce nouveau cycle dans une logique de partenariat, de co-construction et d’impact concret au bénéfice des populations.
Le lancement du nouveau Programme de coopération Suisse–Mali 2026-2029 n’ était pas une simple cérémonie protocolaire. Dans les interventions prononcées à cette occasion, une même idée est revenue avec insistance : la coopération ne saurait être durable si elle crée de la dépendance. Elle doit plutôt contribuer à renforcer les capacités, accompagner les priorités nationales et permettre aux partenaires de construire ensemble des réponses adaptées aux réalités du terrain. C’est précisément sur cette ligne que la Suisse entend inscrire son engagement au Mali pour les quatre prochaines années.
Claude Wandeler, Chef du Bureau de la coopération suisse au Mali, a rappelé les liens historiques entre les deux pays. Il a également mis un accent sur le contexte complexe dans lequel s’inscrit le nouveau programme.
Son intervention a permis de dresser le bilan des résultats et des enseignements du Programme 2022-2025. Selon lui, plusieurs domaines ont été mis en avant : la gouvernance locale et la cohésion sociale, la protection des populations et l’accès aux services essentiels, la résilience économique, ainsi que l’inclusion et l’insertion professionnelle.
Il dira que l’enjeu consiste à capitaliser sur les acquis, tout en adaptant les interventions aux nouvelles réalités et aux priorités exprimées par les partenaires maliens.
Le nouveau programme doit ainsi contribuer à répondre aux défis actuels tout en consolidant les acquis de la coopération passée.
Gouvernance, résilience et opportunités économiques
Le Programme de coopération 2026-2029 s’articule autour de plusieurs domaines prioritaires. La gouvernance et la protection constituent un premier axe majeur. Il s’agit notamment de contribuer au renforcement des capacités et à la protection des populations. Le deuxième axe concerne la résilience et les opportunités économiques, avec l’objectif de favoriser des conditions permettant aux populations et aux acteurs économiques de mieux faire face aux difficultés et de saisir de nouvelles opportunités.
À ces deux piliers s’ajoutent des thèmes transversaux et l’innovation, parmi lesquels l’égalité de genre, l’inclusion sociale et la gouvernance numérique.
Le programme accorde également une attention particulière au rôle des acteurs locaux et des autorités communautaires, en coordination avec les autorités étatiques.
Cette place accordée aux acteurs de proximité traduit la volonté de rapprocher davantage les actions de coopération des réalités quotidiennes des populations
Prenant la parole, l’Ambassadeur de Suisse au Mali, Pietro Mona, a d’abord posé le débat dans un contexte marqué par la montée des critiques à l’égard de la coopération au développement. « La coopération au développement ne sert à rien », « la coopération au développement crée des dépendances », ou encore « elle accentue les déséquilibres de pouvoir entre les États » : autant de critiques que le diplomate suisse a évoquées avant de défendre une conception différente du partenariat.
Selon Pietro Mona, une coopération pertinente doit respecter pleinement la souveraineté de l’État partenaire. Elle doit être conçue conjointement et s’inscrire dans une vision définie par le pays lui-même, sans imposer de solutions préconçues.
Dans cette perspective, le Programme Suisse–Mali 2026-2029 se veut avant tout un instrument de travail commun. « Un Programme pays n’est donc pas simplement un document stratégique ou une enveloppe financière. C’est un cadre de responsabilité mutuelle », a souligné l’Ambassadeur.
Le nouveau programme entend ainsi privilégier une approche fondée sur le dialogue, l’écoute et l’adaptation, avec l’ambition de produire des résultats « concrets, mesurables et durables ».
Une présence suisse qui s’inscrit dans la durée
Le lancement de ce nouveau cycle intervient également dans le prolongement d’une relation ancienne entre les deux pays. La Suisse est présente au Mali depuis les années 1970. Au fil des décennies, cette coopération a connu différentes phases, avec des périodes plus faciles que d’autres. Mais selon Pietro Mona, elle s’est construite autour de fondations qui demeurent essentielles : la confiance, la transparence, le dialogue et la proximité avec les acteurs maliens.
<< Dans un contexte international et régional en pleine transformation, la Suisse a néanmoins été amenée à s’interroger sur les conditions de la poursuite de son engagement>>, a indiqué l’ambassadeur. Avant d’ajouter que la réponse reste claire : la Suisse entend demeurer engagée aux côtés du Mali et des populations maliennes. << Mais rester engagé ne signifie pas reproduire les mêmes méthodes>>, a-t-il indiqué. Avant de préciser que cela signifie écouter et s’adapter. Sans oublier que cela signifie aussi accepter de remettre en question leurs propres méthodes.
Il a aussi estimé que cette orientation suppose également une utilisation responsable des ressources, une évaluation régulière des résultats et la capacité à tirer les enseignements des expériences passées.
Dans sa logique d’annoncer un changement de perspective, il a estimé que la coopération ne doit pas être envisagée comme une relation d’assistance permanente, mais comme un investissement dans les capacités et les possibilités d’un pays à construire son propre avenir.
L’Ambassadeur Pietro Mona a d’ailleurs choisi de rappeler une déclaration de l’ancien Président malien Modibo Keïta : « Notre liberté serait un mot vide de sens si nous devions toujours dépendre financièrement de tel ou tel pays, et si à tout moment on devait nous le rappeler. »
Il a indiqué prononcée dans un autre contexte historique, cette citation trouve, selon le diplomate suisse, une résonance particulière dans le débat actuel sur la coopération internationale. Il a estimé qu’elle rappelle surtout que le partenariat doit viser le renforcement des capacités et de l’autonomie plutôt que la création de nouvelles dépendances. « Nos intérêts sont aussi la stabilité, la sécurité, le développement de ce beau pays », a souligné Pietro Mona, plaçant ainsi la coopération dans une logique de convergence d’intérêts.
Pour la Suisse, il s’agit de poursuivre son engagement tout en adaptant ses méthodes, en améliorant l’efficacité de ses interventions et en renforçant la responsabilité mutuelle.
Quatre années autour de priorités partagées
<< Du côté malien, le nouveau programme est perçu comme une traduction concrète de la volonté de poursuivre et de renforcer la coopération avec les partenaires qui respectent les choix des autorités nationales et inscrivent leur action dans les priorités du Mali>>, a indiqué Moustapha Traoré, Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, qui a représenté le ministre Abdoulaye Diop.
Il a salué le lancement de ce nouveau cycle stratégique et a insisté sur la qualité des relations entre les deux pays, fondées, selon lui, sur le respect mutuel, la solidarité, le pragmatisme et la constance. « Le lancement du Nouveau Programme de Coopération Suisse au Mali symbolise la disponibilité du Mali à poursuivre, mieux, à raffermir sa coopération avec ses partenaires qui le souhaitent », a-t-il déclaré.
Le responsable malien a également souligné que la Suisse a su adapter ses interventions aux réalités du terrain et aux priorités nationales au fil des décennies
Une responsabilité désormais partagée
Pour le Mali, l’enjeu est également de faire de ce nouveau programme un outil en cohérence avec les priorités nationales et les attentes des populations.
Dans son intervention, Moustapha Traoré a résumé cette approche en insistant sur la responsabilité commune des deux parties. « Le succès de ce programme relève de notre responsabilité commune et de notre engagement commun », a-t-il déclaré.
Cette responsabilité partagée constitue désormais l’un des principaux défis du nouveau cycle 2026-2029.
Un partenariat qui veut regarder vers l’avenir
Le lancement officiel du Programme de coopération Suisse–Mali 2026-2029 ouvre ainsi une nouvelle séquence dans une relation bilatérale engagée depuis plus d’un demi-siècle.
Au-delà des projets et des secteurs d’intervention, le nouveau programme porte une ambition plus large : construire une coopération capable de s’adapter aux transformations du contexte malien et international, tout en restant proche des réalités du terrain.
Du coup, entre respect de la souveraineté, priorités nationales, innovation, résilience économique et renforcement de la gouvernance, Bamako et Berne affichent leur volonté de poursuivre le dialogue. Désormais, le partenariat entre les deux pays est appelé à être jugé, moins à travers les intentions affichées qu’à travers les résultats obtenus sur le terrain et l’impact réel des actions engagées au cours des quatre prochaines années.
Assane Koné
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