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STRUCTURATION DU SECTEUR CULTUREL : Le Mali se dote de nouveaux outils pour mieux connaître, organiser et valoriser son écosystème culturel

jeudi 27 août 2026, par Assane Koné

De la cartographie des acteurs à la programmation des manifestations, en passant par le recensement des infrastructures et des organisations culturelles, le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, sous la direction du ministre Mamou Daffé, franchit une nouvelle étape dans la structuration du secteur culturel malien. La présentation, le samedi 22 août 2026 au CICB, de cinq outils référentiels entend poser les bases d’un écosystème culturel mieux organisé, plus visible et davantage professionnalisé.

La salle des banquets du Centre international de conférences de Bamako (CICB) avait, samedi 22 août 2026, des allures de grand rendez-vous du monde culturel malien. Anciens ministres, légitimités traditionnelles, artistes, responsables d’organisations culturelles et professionnels du secteur se sont retrouvés autour d’une même préoccupation : comment mieux connaître, organiser et valoriser l’immense potentiel culturel du Mali ?

Présidée par le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou DAFFÉ, la cérémonie a été consacrée à la présentation des outils référentiels de structuration et de professionnalisation du secteur de la culture.

Derrière cette initiative se trouve une réalité longtemps soulignée par les professionnels : malgré la richesse et la diversité de la création artistique et du patrimoine maliens, les informations concernant les acteurs, les infrastructures, les organisations et les manifestations culturelles restent dispersées. Une situation qui complique la mise en réseau des professionnels, la planification des activités, la visibilité des initiatives et, plus largement, la conduite d’une politique culturelle fondée sur des données fiables.

DES ÉTATS GÉNÉRAUX AUX OUTILS DE STRUCTURATION

L’initiative trouve notamment son origine dans les États généraux de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, organisés du 9 au 11 janvier 2025 par le département en charge de ces secteurs.

Ces assises avaient débouché sur l’adoption de 89 recommandations, parmi lesquelles la nécessité de renforcer la structuration, la professionnalisation et l’encadrement des secteurs de la culture, de l’artisanat et du tourisme, notamment à travers l’élaboration et la mise à jour de textes législatifs et réglementaires adaptés.

Dans le prolongement de ces recommandations, une équipe technique a été mise en place afin de conduire le processus de structuration du secteur culturel.

Selon Cheick Boukounta Karamoko Sissoko, directeur national de l’Action culturelle (DNAC), la démarche a reposé sur une approche participative associant les Directions régionales de la Culture (DRC), les acteurs culturels et les faîtières.

La méthodologie a notamment consisté à élaborer des fiches de collecte, à les faire renseigner par les structures déconcentrées et les acteurs culturels, puis à compiler et soumettre les données recueillies à plusieurs phases de vérification, d’enrichissement et de validation.

Cette démarche, explique le directeur national de l’Action culturelle, devait permettre d’aboutir à des documents aussi fiables et représentatifs que possible de la réalité du secteur.

CINQ OUTILS POUR UN MÊME OBJECTIF

La réforme s’articule autour de cinq principaux instruments : le Répertoire des infrastructures culturelles, le Répertoire des manifestations culturelles, le Répertoire des organisations culturelles, l’Agenda culturel national et la Cartographie culturelle du Mali.

Le Répertoire des infrastructures culturelles doit permettre de disposer d’une meilleure connaissance des équipements existants à travers le pays : centres culturels, musées, bibliothèques, salles de spectacles, théâtres, galeries et autres espaces de diffusion.

L’enjeu est double. Il s’agit, d’une part, d’améliorer la visibilité de ces infrastructures et, d’autre part, de faciliter leur mise en réseau et leur prise en compte dans la planification des politiques publiques.

Le Répertoire des manifestations culturelles, pour sa part, rassemble les festivals, foires, salons, expositions, semaines culturelles, rencontres artistiques, cérémonies traditionnelles et autres rendez-vous qui rythment la vie culturelle nationale.

Un tel outil doit permettre de mieux connaître l’offre événementielle du pays, d’en faciliter la promotion et d’améliorer la coordination entre les organisateurs.

LES ACTEURS AU CŒUR DU DISPOSITIF

La structuration passe également par une meilleure identification de ceux qui font vivre la culture.

Le Répertoire des organisations culturelles est ainsi consacré aux associations, fédérations, réseaux, fondations, entreprises culturelles, coopératives, collectifs d’artistes et autres structures intervenant dans les domaines de la création, de la promotion, de la diffusion et de la sauvegarde du patrimoine.

Pour les pouvoirs publics comme pour les partenaires techniques et financiers, disposer d’une base de données structurée des organisations culturelles peut constituer un outil précieux d’identification des acteurs et d’orientation des mécanismes d’accompagnement.

Pour les professionnels eux-mêmes, l’enjeu est celui de la visibilité et de la mise en réseau.

UN AGENDA POUR DONNER PLUS DE LISIBILITÉ À L’OFFRE CULTURELLE

Autre innovation majeure : l’Agenda culturel et touristique du Mali.

Il s’agit de centraliser, sur une même programmation, les principales manifestations culturelles et touristiques prévues au cours de l’année.

Festivals, foires, expositions, salons, événements artistiques, célébrations traditionnelles et activités touristiques sont ainsi regroupés dans un même outil.

L’objectif n’est pas seulement de mieux informer le public. L’Agenda doit également contribuer à éviter les chevauchements entre événements, à améliorer la coordination des organisateurs et à favoriser une meilleure répartition des flux de visiteurs dans le temps et dans l’espace.

Pour un pays dont l’offre culturelle est particulièrement riche et diversifiée, cette harmonisation va constituer un véritable levier de promotion du tourisme culturel.

LA CARTOGRAPHIE CULTURELLE : PASSER DE L’INFORMATION À LA VISUALISATION

Le cinquième outil présenté, la Cartographie culturelle du Mali, apporte une dimension numérique à cette entreprise de structuration.

Présentée par Djibril Guissé, la plateforme de cartographie culturelle ambitionne de donner une représentation géographique de l’écosystème culturel national.

Acteurs, organisations, infrastructures, manifestations, sites et éléments du patrimoine matériel et immatériel sont identifiés et localisés à travers le territoire.

Cette cartographie doit permettre de mieux visualiser les dynamiques culturelles territoriales, d’identifier les zones disposant d’un potentiel culturel important et de mettre en évidence les éventuels besoins en infrastructures et services culturels.

Dans le cadre du partenariat public-privé envisagé, l’outil doit notamment s’appuyer sur la Cartographie culturelle du Réseau KYA pour son actualisation et son enrichissement.

Au-delà de sa dimension technique, la plateforme se veut donc un outil d’aide à la décision, de planification et de promotion.

« UNE CARTOGRAPHIE DE NOTRE ÉCOSYSTÈME CULTUREL »

Pour le ministre Mamou DAFFÉ, les documents présentés ne doivent pas être considérés comme de simples répertoires administratifs.

Ils constituent, à ses yeux, de véritables instruments permettant au Mali de mieux connaître son écosystème culturel et de disposer désormais d’une vision plus précise de ses ressources, de ses acteurs et de ses manifestations.

Cette meilleure connaissance doit permettre de planifier plus efficacement l’action publique, de coordonner les manifestations, d’orienter les mécanismes d’accompagnement et de donner davantage de visibilité aux initiatives culturelles.

Le message porté par le département est ainsi clair : la professionnalisation du secteur passe d’abord par sa connaissance et sa structuration.

UN OUTIL AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT

Au-delà de la culture au sens strict, cette démarche touche à plusieurs dimensions du développement national.

Le Mali dispose d’un patrimoine historique et culturel considérable, avec des sites emblématiques tels que Tombouctou, Djenné et les falaises de Bandiagara, auxquels s’ajoutent une multitude de traditions, de savoir-faire, de pratiques artistiques et de manifestations qui constituent autant de ressources pour les territoires.

Culture et tourisme peuvent ainsi contribuer à la création d’emplois, à la génération de revenus, à l’attractivité des territoires et à la valorisation du patrimoine.

Les industries culturelles et créatives entretiennent également des liens étroits avec l’artisanat, l’hôtellerie, l’agriculture, les transports et les services.

Une meilleure organisation de l’information culturelle peut donc avoir des effets qui dépassent largement le seul champ artistique.

VERS UNE GOUVERNANCE CULTURELLE FONDÉE SUR LES DONNÉES

L’ambition affichée par le ministère est finalement de passer d’un secteur riche mais parfois dispersé à un écosystème davantage organisé autour d’informations accessibles, fiables et régulièrement actualisées.

Les outils présentés ont vocation à être mis à la disposition des professionnels par la Direction nationale de l’Action culturelle.

Leur efficacité dépendra toutefois de leur actualisation régulière et de leur appropriation par les acteurs du secteur. Une base de données culturelle ne peut rester figée : elle doit évoluer au rythme des créations, des infrastructures, des organisations et des manifestations. C’est tout l’enjeu de cette nouvelle étape.

En mettant en place ces instruments, le Mali cherche à se donner les moyens de mieux connaître son patrimoine, ses territoires culturels et ceux qui les font vivre. Il entend également améliorer la coordination de l’action publique et renforcer la visibilité de son offre culturelle.

Dans cette perspective, la présentation du 22 août 2026 apparaît moins comme l’aboutissement d’un processus que comme le lancement d’une nouvelle dynamique : celle d’un secteur culturel malien mieux documenté, mieux connecté et davantage en mesure de transformer sa richesse culturelle en véritable levier de développement.

Assane Koné


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