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Falaises de Bandiagara : Utiliser le patrimoine pour faire face défi climatique

samedi 11 juillet 2026, par Assane Koné

Le Gouvernement du Mali, l’UNESCO et la Fondation ALIPH ont officiellement procédé au pré-lancement d’un ambitieux projet de préservation des Falaises de Bandiagara.

Dotée d’un financement de 817 500 dollars américains, cette initiative entend démontrer qu’au-delà de sa valeur historique et culturelle, le patrimoine peut devenir un puissant levier de résilience climatique, de cohésion sociale et de développement local.

Et, le jeudi 9 juillet 2026, est parti pour être une journée exceptionnelle pour le pays dogon. Et, pour cause : la volonté claire a été affichée pour préserver les Falaises de Bandiagara et préserver une mémoire, mais aussi préparer l’avenir.

Face aux effets conjugués des changements climatiques et des séquelles de la crise sécuritaire, l’État malien et ses partenaires internationaux choisissent désormais d’aborder la sauvegarde du patrimoine sous un angle plus global, où la culture devient un outil de reconstruction économique, sociale et environnementale.

Le projet « Atténuation des impacts des changements climatiques et mise en valeur du patrimoine du site des Falaises de Bandiagara (2026-2028) », mis en œuvre par l’UNESCO grâce au financement de la Fondation ALIPH, marque une nouvelle étape dans la coopération engagée depuis plusieurs années autour de ce site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1989.

Au nom du ministre Mamou Daffé, le secrétaire général du département, Mahamadou dit Koumbouna Diarra, a rappelé que cette nouvelle initiative prolonge les acquis du vaste programme de reconstruction du patrimoine bâti conduit entre 2021 et 2025. Selon lui, il ne s’agit plus seulement de réparer les blessures laissées par les conflits, mais d’anticiper les nouvelles menaces que constituent les changements climatiques. << L’ambition est de faire des Falaises de Bandiagara un laboratoire où patrimoine, environnement et développement durable avancent désormais de concert>>, a-t-il indiqué.

Le représentant du ministre a également salué la qualité du partenariat entre le Mali, l’UNESCO et la Fondation ALIPH, avant d’inviter les collectivités territoriales, autorités traditionnelles et communautés locales à s’approprier pleinement le projet.

Les Falaises de Bandiagara, un patrimoine vivant

Ali-Mohamed Sinane, Chef du Bureau de l’UNESCO au Mali a rappelé que les Falaises de Bandiagara ne constituent pas uniquement un paysage exceptionnel. « Il est des lieux qui dépassent la géographie. Des lieux qui racontent une manière d’habiter le monde », a-t-il déclaré.

Selon lui, protéger ce site revient à sauvegarder une mémoire vivante, faite de savoirs ancestraux, d’architectures traditionnelles, de rites, de pratiques culturelles et d’une relation harmonieuse entre l’homme et son environnement.

Il a également insisté sur la portée universelle du site, dont la protection concerne autant les communautés qui y vivent que l’ensemble de l’humanité. Il a salué le leadership des autorités maliennes qui font de la culture un facteur de paix, de cohésion sociale et de développement durable, tout en remerciant la Fondation ALIPH pour son engagement constant en faveur de la protection du patrimoine dans les zones fragilisées.

Les communautés au cœur du projet

Évoquant les conséquences des années de crise, le représentant des communautés bénéficiaires a rappelé que les villages du Pays dogon ont vu leurs habitations, leurs greniers, leurs Toguna et plusieurs lieux sacrés gravement endommagés. << La reconstruction engagée ces dernières années, a permis aux populations de retrouver une part de leur identité>>, a-t-il déclaré. Avant d’ajouter qu’
aujourd’hui, les communautés voient dans ce nouveau projet une opportunité de renforcer leur capacité d’adaptation face à la désertification, aux vents de sable et aux dérèglements climatiques qui fragilisent leurs activités agricoles et leurs pratiques culturelles.

Un projet multidimensionnel

<< Prévu sur trente mois, de mars 2026 à septembre 2028, le projet est doté d’un budget de 817 500 dollars américains>>, a indiqué Modibo Bagayoko de l’UNESCO et non moins coordinateur du projet. Il a ajouté que le projet repose sur quatre grands axes d’intervention.

Le premier concerne les études scientifiques, la documentation des savoirs endogènes et l’analyse des impacts climatiques.

Le deuxième vise la reconstruction ou la réhabilitation d’environ deux cents biens culturels ainsi que la sauvegarde du patrimoine immatériel.

Le troisième met l’accent sur la résilience climatique avec, notamment, la réhabilitation de barrages, l’amélioration de l’approvisionnement en eau de Yougapiri, la préservation des plantes médicinales et la valorisation des connaissances traditionnelles liées à la gestion de l’environnement.

Pour ce qui concerne le quatrième axe, il est consacré à la cohésion sociale, au développement économique local, à la préparation du Sigi 2027, à la promotion des industries culturelles et créatives ainsi qu’au soutien des activités génératrices de revenus.

Pour ce qui concerne les retombées attendues, il dira qu’elles sont importantes. Ce sont : la création de près de 200 emplois verts ; le renforcement des capacités locales ; une plus grande autonomisation des femmes ; une implication accrue des jeunes et une consolidation durable de la paix autour du patrimoine.

La culture au coeur d’ une politique de développement

Cette initiative traduit une évolution profonde de la politique culturelle malienne. Longtemps perçu sous le seul prisme de la conservation, le patrimoine apparaît désormais comme un véritable levier de développement territorial. En reliant sauvegarde culturelle, adaptation climatique, création d’emplois, transmission des savoirs et consolidation du vivre-ensemble, le projet propose une approche intégrée des défis auxquels le Pays dogon demeure confronté.

À travers les Falaises de Bandiagara, c’est finalement une certaine vision du développement que le Mali cherche à promouvoir : un développement qui ne rompt pas avec les héritages du passé, mais qui s’appuie sur eux pour construire l’avenir.

Entre mémoire, identité, environnement et solidarité internationale, le nouveau projet porté par le Gouvernement, l’UNESCO et la Fondation ALIPH ambitionne ainsi de transformer l’un des plus prestigieux sites patrimoniaux d’Afrique en un modèle de résilience climatique et de développement durable au bénéfice des générations présentes et futures.

Assane Koné


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