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Artisanat africain : à Bamako, l’ODEPA ouvre une nouvelle page pour faire du secteur un moteur de développement
samedi 4 juillet 2026, par
Pendant deux jours, Bamako est devenue la capitale africaine de l’artisanat. À l’occasion de la 12ᵉ Conférence des ministres de l’Organisation pour le Développement et la Promotion de l’Artisanat Africain (ODEPA), les États membres ont engagé une réflexion de fond sur l’avenir d’un secteur qui fait vivre des millions d’Africains mais qui peine encore à occuper la place qui lui revient dans les politiques publiques.
En accueillant cette rencontre stratégique, le Mali entend contribuer à l’émergence d’une vision commune où l’artisanat devient un véritable levier de transformation économique, de création d’emplois et d’affirmation de l’identité culturelle africaine.
La Salle des banquets du Centre international de conférences de Bamako (CICB) a pris, samedi 4 juillet 2026, les allures d’un véritable carrefour de la coopération africaine. Ministres, experts, représentants d’organisations régionales, artisans et partenaires techniques se sont retrouvés autour d’une même ambition : redonner à l’artisanat la place stratégique qu’il mérite dans les économies africaines.
Placée sous le haut patronage de Son Excellence le Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition, Chef de l’État, la cérémonie d’ouverture a été présidée par le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga. À ses côtés figuraient notamment le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, la présidente en exercice de l’ODEPA et ministre congolaise des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Artisanat, Mme Irène Marie-Cécile Mboukou-Kimbatsa, ainsi que plusieurs membres du gouvernement, des représentants du corps diplomatique et des délégations venues de nombreux pays africains.
La présence des ministres en charge de l’artisanat du Congo, du Bénin, de la Libye, de Madagascar, du Burkina Faso, du Niger, de la Mauritanie et de la Centrafrique, ainsi que des représentants de la Côte d’Ivoire, de la Guinée et du Maroc, témoigne de l’intérêt croissant porté à un secteur longtemps considéré comme secondaire, mais dont le potentiel économique apparaît aujourd’hui comme une évidence.
Un secteur au cœur des défis de souveraineté économique
« Quelles stratégies pour un repositionnement du secteur de l’artisanat dans les priorités de développement des pays membres de l’ODEPA ? » est le thème de cette conférence. Et, cette formulation du thème dépasse largement le cadre d’une simple rencontre institutionnelle. Il traduit une volonté politique de replacer l’artisanat au cœur des stratégies nationales de développement.
À l’heure où les États africains cherchent à accélérer la transformation locale de leurs matières premières, à créer davantage d’emplois et à bâtir des économies plus résilientes, l’artisanat apparaît comme un secteur capable de répondre simultanément à plusieurs défis : la lutte contre le chômage, la réduction de la pauvreté, la valorisation des savoir-faire traditionnels et la préservation des identités culturelles.
Les échanges engagés à Bamako s’inscrivent ainsi dans une dynamique continentale qui vise à faire évoluer l’artisanat d’une activité souvent cantonnée à l’informel vers un véritable secteur économique structuré, innovant et compétitif.
Pour des politiques publiques plus ambitieuses
Le Premier ministre Abdoulaye Maïga a invité les États membres à repenser leurs politiques publiques afin d’accorder à l’artisanat une place conforme à son poids économique et social. Selon lui, le développement durable de l’Afrique passe nécessairement par une meilleure valorisation de ses ressources locales, de ses savoir-faire et de sa créativité.
Il a insisté sur le fait que l’artisanat constitue aujourd’hui un puissant moteur de création de richesses nationales, d’emplois durables et de promotion des identités culturelles.
Le Chef du gouvernement a également appelé les participants à faire émerger, au terme des travaux, des recommandations fortes capables de renforcer durablement la contribution du secteur à la croissance économique des pays membres. Profitant de cette tribune continentale, il a réaffirmé l’engagement du Président de la Transition à soutenir toutes les initiatives visant à promouvoir un artisanat africain plus innovant, plus créateur de valeur et mieux intégré aux chaînes de valeur régionales et internationales.
Dans un contexte sécuritaire marqué par de nombreux défis, Abdoulaye Maïga a par ailleurs souligné que l’organisation de cette conférence internationale constitue une nouvelle illustration de la résilience du Mali et de sa capacité à accueillir de grands rendez-vous diplomatiques et économiques.
Une organisation engagée dans sa propre transformation
Pour l’ODEPA, cette douzième conférence intervient à un moment charnière de son évolution. Créée en 1992 au Burkina Faso, l’organisation poursuit les réformes institutionnelles engagées en 2023 et consolidées lors de la conférence de Brazzaville en 2024. Ces réformes visent notamment à renforcer la coordination entre les États membres, harmoniser les politiques nationales et accroître l’efficacité de l’organisation dans la promotion de l’artisanat africain.
La présidente en exercice, Mme Irène Marie-Cécile Mboukou-Kimbatsa, a dressé un bilan encourageant de la mandature congolaise tout en reconnaissant que de nombreux défis restent à relever. Elle a exprimé sa confiance dans la capacité de la présidence malienne à poursuivre cette dynamique de modernisation et à impulser un nouvel élan à l’organisation.
Faire de l’artisanat un instrument d’intégration africaine
Au-delà des discours officiels, cette rencontre de Bamako rappelle une réalité souvent méconnue : l’artisanat représente, dans de nombreux pays africains, l’un des premiers pourvoyeurs d’emplois et une source essentielle de revenus pour des millions de familles. Pourtant, le secteur souffre encore d’un accès limité au financement, d’un faible niveau de transformation industrielle, d’insuffisances en matière de formation, de normalisation et de commercialisation.
Les ministres réunis à Bamako ambitionnent précisément d’apporter des réponses concertées à ces défis afin de faire de l’artisanat un véritable pilier de l’intégration économique africaine.
Les recommandations issues de cette 12ᵉ Conférence sont donc très attendues. Elles pourraient contribuer à redéfinir les priorités des États membres et ouvrir une nouvelle étape dans la reconnaissance de l’artisanat comme secteur stratégique, au même titre que l’agriculture, l’industrie ou le commerce.
En accueillant cette importante rencontre continentale, le Mali confirme sa volonté de jouer un rôle moteur dans la réflexion sur les politiques culturelles et économiques africaines. Plus qu’un simple rendez-vous institutionnel, la 12ᵉ Conférence de l’ODEPA apparaît ainsi comme une tribune où se dessine l’avenir d’un artisanat africain appelé à devenir l’un des principaux vecteurs d’une croissance inclusive, fondée sur les talents, les savoir-faire et les richesses du continent.
M T Koné
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