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Promotion du Tourisme interne : Volonté affichée de faire voyager les Maliens dans leur propre pays
lundi 28 septembre 2026, par
<< Faire du voyage intérieur un véritable levier de développement>>. Cette préoccupation était le vendredi 25 septembre 2026, au centre d’une conférence débat organisée à Koulikoro, par le Ministère de l’Artisanat, de la culture, du tourisme et de l’industrie hôtelière. Cette activité est inscrite dans le cadre du Mois du Tourisme.
Le 25 septembre 2026, la salle de conférence du Gouvernorat de Koulikoro a pris les allures d’ un laboratoire de réflexion sur l’avenir du tourisme malien. À l’occasion du Mois de septembre, mois du Tourisme, des acteurs institutionnels, les collectivités, des professionnels et des représentants des communautés locales se sont retrouvés autour de la question devenue stratégique au Mali : comment faire du tourisme interne un moteur de l’économie locale et un levier de patriotisme ?
La conférence était placée sous le thème « Tourisme interne, vecteur de promotion de l’économie locale et de renforcement du patriotisme ». Elle a été animée par Gaoussou Fofana, Directeur national adjoint du Tourisme et de l’Hôtellerie et par Attaher Maïga, chargé de mission au ministère de l’Artisanat, de la culture, de l’industrie hôtelière et du tourisme, sous la modération de Mme Sissoko Sirimaha Habibatou Diawara.
Le choix de ce thème vise à encourager les Maliens et les résidents du Mali à découvrir leur propre pays, ses territoires, ses histoires, ses traditions et ses patrimoines. << Voyager chez soi pour mieux connaître son pays>>, est la conviction de Mamadou Bakary Traoré, représentant du Maire de la Commune urbaine de Koulikoro.
Selon lui, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de promotion du tourisme interne et de valorisation des territoires. Il a également insisté sur le rôle des communautés locales, qui constituent des acteurs essentiels dans la connaissance, la protection et la promotion des richesses touristiques dans leur localité.
Du côté des notabilités, le représentant du chef de village a présenté la rencontre comme une occasion de faire davantage connaître Koulikoro à travers ses sites touristiques. Il a notamment mis en avant la nécessité d’assumer et de valoriser les valeurs locales, rappelant que la promotion du Danbé — entendu comme un ensemble de valeurs liées à la dignité, à l’honneur et au respect — participe également à l’affirmation culturelle du territoire.
Cette dimension identitaire rejoint l’une des idées fortes développées au cours de la conférence : voyager chez soi ne consiste pas uniquement à changer de lieu, mais à aller à la rencontre de ce qui constitue l’identité collective.
Un tourisme longtemps tourné vers l’extérieur
Prenant la parole au nom du département chargé du Tourisme, Mahamadou dit Koumbouna Diarra, Secrétaire général du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, a rappelé que le tourisme interne ne doit pas être perçu comme un tourisme « par défaut ». Selon lui, il constitue plutôt un choix stratégique permettant de valoriser les richesses nationales tout en créant de nouvelles opportunités économiques. « Voyager chez soi, c’est aller à la rencontre de son histoire, de ses traditions, de ses cultures et de ses paysages », a-t-il expliqué.
Gaoussou Fofana, Directeur national adjoint du Tourisme et de l’Hôtellerie, a indiqué que le secteur a longtemps accordé une place importante à la clientèle internationale. Selon lui, la conjoncture mondiale, surtout nationale, fait que le secteur se retrouve confronté aux conséquences de la baisse des arrivées internationales. Dans un tel contexte, il a estimé que le tourisme interne apparaît comme un relais susceptible de soutenir l’activité des professionnels et de maintenir les revenus dans les territoires. << Hôteliers, restaurateurs, transporteurs, guides, artisans, commerçants et autres prestataires peuvent ainsi bénéficier directement des déplacements des visiteurs nationaux>>, a-t-il indiqué.
Pour cela, il dira que faire voyager les Maliens au Mali, c’est donc aussi faire circuler l’argent au Mali. Dans cette perspective, il a estimé que le tourisme interne peut, contribuer à diversifier la clientèle, soutenir les entreprises, préserver les emplois et favoriser la circulation des revenus à l’intérieur du pays. << Une visite touristique entraîne en effet une chaîne de dépenses : transport, hébergement, restauration, guidage, artisanat, commerce et services divers>>, a-t-il indiqué. Avant d’ajouter que ce sont là, autant d’activités dont les retombées peuvent profiter directement aux populations locales. Sur la base de ce constat, il dira que le raisonnement est simple : plus les Maliens découvrent les différentes régions du pays, plus ils participent à l’activité économique de ces territoires.
Mais l’enjeu dépasse les seuls chiffres
Il dira aussi que le tourisme interne est un vecteur de renforcement du patriotisme. Selon Gaoussou Fofana, la découverte du territoire peut progressivement devenir une expérience citoyenne. Il propose de découvrir son pays, connaître son histoire, comprendre sa diversité, apprécier son patrimoine, vouloir le respecter et le protéger. Selon lui, dans cette logique, le tourisme devient un outil de transmission. << Visiter un site historique, parcourir un territoire, rencontrer une communauté ou découvrir une tradition permet de transformer une connaissance abstraite de l’histoire nationale en une expérience concrète>>, a-t-il rappelé. Avant d’ajouter que le tourisme peut ainsi contribuer à renforcer le sentiment d’appartenance, notamment chez les jeunes.
Il a ensuite présenté les voyages scolaires et éducatifs, de même que les voyages intégrateurs, comme des instruments permettant aux jeunes de découvrir les réalités des autres régions et de favoriser les rencontres entre différentes communautés.
Gaoussou Fofana a également établi un lien entre tourisme et protection du patrimoine. Selon lui, ke Tombeau des Askia à Gao a notamment été cité comme illustration de la mobilisation autour d’un patrimoine menacé lors de l’occupation de la ville. << La protection des sites historiques n’est donc pas seulement une question administrative ou institutionnelle : elle peut devenir une responsabilité collective>>, a-t-il déclaré.
Il a estimé que connaître son patrimoine doit conduire à l’apprécier, puis à le protéger.
<< Dans cette perspective, le patriotisme ne se limite pas aux symboles. Il peut également se traduire par des actes concrets en faveur de la préservation des biens culturels, de la transmission des savoirs et du respect des territoires>>, a-t-il indiqué.
La culture, moteur du tourisme malien
L’ articulation entre le tourisme et la culture, a été au cœur de l’intervention de Attaher Maïga.
Pour lui, le tourisme malien repose largement sur la richesse du patrimoine culturel, matériel et immatériel. << Sites historiques, monuments, musées, traditions, savoir-faire, festivals, expressions artistiques et modes de vie constituent autant de ressources susceptibles de nourrir l’offre touristique nationale>>, a-t-il indiqué. Avant de préciser que la culture nourrit le tourisme et le tourisme peut, en retour, contribuer à la valorisation économique de la culture.
A cet égard, il dira que les grands événements culturels constituent de véritables catalyseurs. Il a cité l’exemple de Ségou’Art – Festival sur le Niger, pour illustrer les retombées potentielles de la fréquentation culturelle sur une économie locale. L’édition 2025, selon les données présentées par l’intervenant, a mobilisé plus de 100 000 festivaliers, tandis que la Foire artisanale et agricole de Ségou aurait accueilli plus de 400 000 visiteurs, avec environ 400 exposants et un chiffre d’affaires annoncé de plus de 900 millions de FCFA.
Ces chiffres, présentés comme des illustrations du potentiel économique des manifestations culturelles, montrent l’importance que peuvent prendre les flux de visiteurs pour les villes et les communautés qui les accueillent.
D’autres manifestations, notamment le Festival Vivre Ensemble de Tombouctou et le Festival culturel Ogobagna, ont également été évoquées pour illustrer le lien entre événements culturels, fréquentation touristique, activités économiques locales et cohésion sociale.
« Les Maliens visitent le Mali » : passer du discours à l’action
<< Au-delà des réflexions, la promotion du tourisme interne s’appuie désormais sur plusieurs initiatives. Parmi elles figurent le programme « Les Maliens visitent le Mali », les City Tours, les voyages intégrateurs et, plus largement, les activités organisées dans le cadre du Mois du Tourisme>>, a indiqué Attaher Maïga. Avant d’ajouter que l’ objectif est de familiariser les populations avec les pratiques touristiques et de leur donner le goût de découvrir les différentes destinations nationales.
Pour Attaher Maïga, la réussite de l’initiative passe par une implication accrue des communautés. << Les populations vivant autour des sites sont appelées à devenir des acteurs de la valorisation touristique : accueil, guidage, artisanat, restauration, hébergement, animation culturelle et protection du patrimoine peuvent générer des activités et des emplois>>, a-t-il rappelé.
Pour cela, il dira que le tourisme interne concerne non seulement l’État et les professionnels, mais également les collectivités et les communautés.
Il a insisté sur partenariat nécessaire entre public et le privé. Il a indiqué que le développement du tourisme interne ne pourra être porté par le seul secteur public. << Le partenariat entre l’État, les collectivités territoriales, les opérateurs privés, les associations professionnelles, les acteurs culturels et les communautés locales apparaît comme une condition importante de la réussite de cette politique>>, a-t-il déclaré. Avant d’ajouter qu’il va falloir soutenir les guides, les artisans et les opérateurs culturels, développer des circuits régionaux, améliorer la communication et consolider les initiatives déjà engagées.
Pour lui, l’ enjeu est de transformer les richesses culturelles et patrimoniales du Mali en véritables produits touristiques accessibles et attractifs pour les populations.
Koulikoro, territoire de patrimoine
Tout juste avant la conférence débat, il y a eu une visite organisée à Koulikoro à titre d’ illustration concrète. Conduite par le Secrétaire général du ministère, Mahamadou dit Koumbouna Diarra, la délégation venue de Bamako a découvert plusieurs sites, dont la place d’arrestation du premier Président de la République du Mali, Modibo Keïta, ainsi que le Monument Faro.
Cette immersion dans le patrimoine local donne une dimension pratique au concept de tourisme interne : il ne s’agit plus seulement d’en parler, mais d’inviter les Maliens à prendre la route et à découvrir les richesses de leur propre territoire.
Selon l’agent de la direction régionale du tourisme et de l’hôtellerie, la région possède des ressources historiques, culturelles et naturelles qui peuvent constituer des points d’appui pour développer des circuits touristiques adaptés aux visiteurs nationaux.
Les défis restent nombreux
À Koulikoro, les intervenants n’ont pas occulté les difficultés. Le faible pouvoir d’achat d’une partie de la population, les insuffisances d’aménagement et d’accessibilité de certains sites, la faible connaissance de l’offre touristique nationale, les difficultés de financement, le manque de circuits structurés et les contraintes liées à la situation sécuritaire, constituent autant de défis à relever.
À cela s’ajoute la nécessité de renforcer la communication et de rendre les produits touristiques plus accessibles. La mise en place d’un programme national de développement du tourisme interne a ainsi été présentée comme l’une des perspectives permettant de structurer durablement cette orientation.
Le renforcement des infrastructures, l’amélioration de l’accessibilité financière, la sécurisation des destinations, l’implication des collectivités territoriales et le développement de produits touristiques régionaux figurent également parmi les pistes avancées.
Faire du voyage intérieur une culture nationale
Au terme des échanges, une conviction s’est dégagée : le tourisme interne ne saurait être réduit à une simple stratégie destinée à compenser la baisse du tourisme international. Il peut devenir un outil de développement territorial, de transmission culturelle, de cohésion sociale et de connaissance mutuelle.
Le Mois du Tourisme entend ainsi installer progressivement une nouvelle culture du voyage.
Une culture dans laquelle le Mali devient lui-même une destination pour ses propres citoyens.
À Koulikoro, le message a été clairement formulé : voyager chez soi, c’est découvrir les richesses de son propre pays. Et derrière cette invitation au voyage se dessine une ambition plus large : faire de chaque visiteur malien un connaisseur de son patrimoine, un consommateur de l’économie locale et, potentiellement, un ambassadeur de la richesse de son pays.
Assane Koné
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