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Mohamed Ag Akeratane, Président d’honneur de TEMEDT : « Au Mali, les esclaves sont dans plusieurs régions et même dans le district de Bamako »

samedi 9 novembre 2013

« TEMEDT » ou placenta en langue touareg, est la dénomination que les tamasheq noirs du Mali, ont bien voulu donner à leur regroupement. « Temedt est une association de développement, de la consolidation de la paix, la protection et la promotion des droits humains créée en 2006 et qui lutte contre l’esclavage  », nous a indiqué Mohamed Ag Akeratane, son Président d’honneur, qui espère une nouvelle configuration à l’Assemblée nationale, à l’issue des élection du 24 novembre et du 15 décembre 2013. En effet, depuis des année, TEMEDT se bat pour faire voter la loi criminalisant l’esclavage. «  Depuis des années, c’est la sourde oreille de la part des autorités. Nous espérons que l’élection des députés qui s’annonce pour les 24 novembre et 15 décembre 2013, nous permettra d’avoir des interlocuteurs parce que des esclaves, des descendants d’esclaves et même des communautés dominées y seront représentés  » a indiqué Mohamed Ag Akeratane qui nous parle de l’esclavage au Mali dans cette interview.

Notrenation.com
 : Qui doit mettre fin à la pratique de l’esclavage au Mali selon vous ?

Mohamed Ag Akeratane  : L’Etat est le 1er responsable de la lutte contre la pratique. C’est à lui de l’interdire à travers des lois qui doivent être appliquées. Ces lois devaient permettre de libérer les esclaves en leur permettant de mener leurs activités de façon autonome. Il y a même des réparations dans certains cas auxquels l’Etat doit trouver des solutions une fois les lois adoptées par l’Assemblée nationale. Comparativement à d’autres pays du sahel, l’Etat malien reconnait à peine l’existence de cette pratique digne d’une autre époque. Je veux parler du Niger et de la Mauritanie, où des lois criminalisant la pratique ont été adoptées. Je suis au regret de vous dire que notre pays, le Mali n’a aucune disposition pour condamner ou réprimer et encore moins criminaliser le phénomène. C’est vraiment dommage.

C’est ce qui justifie la mise en place d’une association dénommée TEMEDT par les tamasheq noirs communément appelés « bella » ?

L’association TEMEDT a été créée pour dénoncer l’esclavage sous toutes ses formes et permettent aux esclaves affranchis de s’épanouir tout en menant pour eux-mêmes les activités qu’ils menaient pour leurs maîtres. Il s’agit également pour notre association qui compte plus de 30 mille adhérents de faire comprendre aux esclavages que leurs enfants doivent être scolarisés parce que les activités de sensibilisation que nous menons leur auront permis d’être libres de pensée. C’est pour nous un problème de droit de l’homme qui mérite d’être résolu par le législateur. De notre point de vue, toutes les filles et tous les fils du Mali doivent être libres. Et du coup doivent participer à la construction de l’édifice national. C’est vous dire que l’esclave obéit de manière directe ou indirecte aux ordres de son maître. Même au cours de l’élection présidentielle de cette année 2013 les esclaves ont voté selon les instructions de leurs maîtres alors que dans le cas du Mali, les personnes sous domination sont plus nombreuses que celles qui dominent. Cela sous entend qu’en libérant les esclaves, nous allons libérer notre pays parce que cela favorisera à coup sûr le développement.

Vous avez dit qu’il y a des cas d’injustices à réparer. Est-ce que vous avez une idée du nombre d’esclaves que compte le Mali ?

Au Mali, les esclaves sont dans plusieurs régions et même dans le district de Bamako. Il y a des gens qui subissent des conditions d’esclavage primaire. Autrement dit, ils sont fils ou filles d’esclaves chez leurs maîtres. Il n’y a jamais eu ni de recensement, ni d’étude qui puisse nous donner de chiffres exacts. Ce qui est sûr, ils sont très nombreux, les personnes sous domination.

Est-ce à dire que l’Etat ne veut pas d’une étude pour une meilleure compréhension du phénomène ?

A notre avis, l’Etat doit d’abord reconnaître la pratique de l’esclavage comme un crime. Ce qui n’est malheureusement pas le cas présentement. Notre association a même proposé une étude qui devait aboutir à une proposition de loi. Mais en vain. C’est vous dire que les choses ne sont pas en train de bouger comme nous l’aurions souhaité. En prenant l’exemple sur le Niger voisin, il y a eu une étude. Les personnes sous domination, c’est-à-dire les esclaves, sont au nombre de trois cent mille (300 000). Encore une fois, nous pensons que le Mali doit prendre cette question très au sérieux afin d’y apporter une solution définitive. Pour nous à TEMEDT, il est inadmissible qu’au 21ème siècle, au nom d’une pratique qui ne dit pas son nom, que certaines personnes vivent du labeur d’autres sans être inquiéter.

Parlez nous des conditions de vie des esclaves. Comment ils sont traités par leurs maîtres ?

Je vous informe d’abord qu’il y a 2 types d’esclavage. L’esclavage actif et l’esclavage passif. L’esclavage actif est aussi appelé l’esclavage par ascendance. Ce sont les personnes dont la mère est esclave. Ils travaillent pour leurs maîtres. Ils abreuvent leurs animaux, cultivent leurs champs, bref font tout. A propos de ce cas, les esclaves reconnaissent qu’ils sont sous la domination de leurs maîtres et ces derniers savent également qu’ils disposent des gens toute leur vie durant.
En ce qui concerne le 2ème type, c’est-à-dire l’esclavage passif, ce sont des communautés qui ont été libérées d’une certaine manière. Leurs maîtres leur laissent mener leurs activités d’agriculture ou d’élevage. Mais à chaque fois que ces derniers ont besoin des produits de leur labeur ou d’un enfant pour travailler chez eux, ils leur font appel. Autrement dit, les esclaves ne sont pas sous la tente ou au champ du maître, on fait appel à leurs services quand le besoin se fait sentir. Et la réponse est automatiquement oui de la part de l’esclave ou de la communauté. C’est dire que tout appartient au maître. L’esclave tout comme ses biens, sa famille, le maître peut en disposer comme bon lui semble.

Peut-on savoir le résumé de vos activités ?

Nous sommes en train de tout mettre en œuvre pour faire voter la loi criminalisant l’esclavage. Depuis des années, c’est la sourde oreille de la part des autorités. Nous espérons que l’élection des députés qui s’annonce pour les 24 novembre et 15 décembre 2013, nous permettra d’avoir des interlocuteurs. Cela veut dire que nous aurons une nouvelle configuration à l’Assemblée nationale parce que des esclaves, des descendants d’esclaves et même des communautés dominées y seront représentés.
Une autre activité est relative à la sensibilisation dans l’optique de faire comprendre à ceux qui subissent la pratique d’être conscients de leur statut d’esclave. Mieux, c’est faire comprendre que l’esclavage n’a ni base juridique, ni base religieuse. La plupart du temps on entend des gens réfractaires à l’évolution défendre la thèse de la pratique du phénomène par la religion musulmane alors que c’est faux. A cela, il faut signaler que TEMEDT vient toujours au secours des esclaves qui fuient les pires conditions qu’ils subissent de la part de leurs maîtres.

Est-ce que votre association a réussi à libérer des esclaves ?

Nous avons, à travers nos campagnes de sensibilisation, contribué à affranchir certains. D’autres ont aussi profité de nos appels pour fuir les conditions pénibles de leurs maîtres. Nous sommes venus à leur secours en portant plainte auprès du tribunal. Mais, hélas, les dossiers sont sans suite pour la simple raison qu’il n’y a pas d’instruments juridiques contre la pratique.

Propos recueillis par
Siaka Z. Traoré

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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