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Carnet de voyage : Au Pays de Julius Kambarage Nyerere

samedi 5 octobre 2013

La Tanzanie, est un immense pays de l’hémisphère Sud couvrant une superficie de 947 0 87 KM2 avec plus de 44 millions et demi d’habitants, essentiellement composés de bantous. Elle est située en Afrique de l’Est. Ses frontières naturelles sont l’océan indien à l’Est, le Kilimandjaro et le lac Victoria au Nord, la rivière Kagera au Nord-Ouest, le lac Tanganyika à l’Ouest, et le fleuve Rovuma au sud. Elle a des frontières terrestres avec le Kenya et l’Ouganda au nord, à l’ouest par le Rwanda le Burundi et la République Démocratique du Congo, au sud-ouest par la Zambie et le Malawi et au sud par le Mozambique.

Ma première découverte fut Dar Es Salaam, ville peuplée de plus de 4 millions d’habitants. Elle a été tout au long des luttes de libération et d’Indépendance du continent africain un carrefour d’échanges entre les dirigeants africains qui s’y rendaient ou qui y résidaient : Edouardo Mondlane et Samora Machel du Mozambique, Nelson Mandela, Gowon Beki d’Afrique du Sud, Amilcar Cabral de la Guinée-Bissau, Laurent-Desiré Kabila de la République Démocratique du Congo, Sam Nujoma de la Swapo (Namibie). Le Président Modibo Keita y envoya des instructeurs militaires maliens pour entraîner des combattants de différents pays. Un geste hautement salué par Julius Nyerere qui effectuera en 1966 une visite officielle historique au Mali. C’est aussi à partir de Dar Es Salaam qu’Ernesto Che Guevara, avec le soutien actif du Président Julius Nyerere, avait organisé son expédition au Congo pour venir soutenir la rébellion dirigée par le Mzee Laurent Désiré Kabila. Plus tard, d’autres dirigeants s’y installeront comme Paul Kagamé, Yoweri Museweni respectivement président du Rwanda et de l’Ouganda. Le pays compte plus de 500.000 refugiés essentiellement en provenance du Burundi et de la République Démocratique du Congo.
Entre les Piki-Piki (mototaxis), les Dala-Dala (version bamakoise des SOTRAMA) et les Bajaj (tricycles importés d’Inde), je découvre un monde bigarré qui grouille comme dans une termitière. Dar Es Salaam est une ville vivante, gaie élégante, à l’allure imposante. On dirait qu’elle se réveille à minuit ! Elle ne ressemble pas à Dodoma la capitale, qui se trouve à l’intérieur des terres. Ici, c’est le poumon économique, le centre des affaires, la colonne vertébrale du pays. La ville qui a été conçue entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle croit à une vitesse vertigineuse. Les populations rurales qui quittent les campagnes viennent s’y entasser massivement.
Historiquement, les colonisateurs allemands avaient conçu Dar Es Salaam sur la base d’un schéma raciste d’exclusion en la classant en trois zones distinctes : La zone Nord-est avec de larges avenues bordées de luxueuses résidences appartenant aux colons ; le Centre occupé par les commerçants venus du sous-continent indien ; l’ouest attribué aux populations locales qui sont recluses dans un espace délimité appelé Mnazi Mmoja. Ce quartier était une sorte de cordon sanitaire volontairement érigée pour bloquer toute possibilité de contact avec les populations des deux premières zones et empêcher le métissage. Après la parenthèse allemande, l’occupation britannique n’a fait que renforcer cette politique de séparation raciale.
Au lendemain de l’indépendance, le Président Julius Nyerere change progressivement le visage de Dar Es Salaam en engageant une politique d’urbanisation qui consiste à étendre la ville le long de la côte plutôt que vers l’intérieur des terres et en faisant de Dodoma le centre du pouvoir. Une mission qui n’arrive toujours pas à se concrétiser car, malgré les nombreuses professions de foi, la présidence et les ministères restent à Dar Es Salaam, de même que les ambassades. C’est seulement le Parlement tanzanien qui siège à Dodoma !
Dans le Nord Est de la ville se trouve State House le siège de la présidence de la République. Plus loin, tout au long de Coco Beach on découvre les quartiers huppés comme Masaki, Oyster Bay ou Adaca Estate. C’est là que vivent les diplomates, les expatriés, les hommes d’affaires et les membres du Gouvernement. Les pieds dans l’eau, à l’ombre des manguiers et des cocotiers, d’insolentes villas cachées par de hauts murs s’étirent dans un décor d’une beauté impressionnante.
Des gardes armés font la ronde de manière discrète pour assurer la protection des habitants. La zone a de l’électricité de jour comme de nuit, de l’eau et des parkings soigneusement alignés où l’on gare aisément les rutilantes Mercédès et autres 4X4 qui abondent tant dans la ville.
Les ministères, eux sont situés dans le centre historique au bord de l’eau entre Sokoine Drive et l’avenue Samora Machel (ancien Président Mozambicain).
Quant au quartier commercial qui est le cœur de la ville, il n’a pas subi de modifications particulières a part quelques tours qui surgissent. C’est un architecte tanzanien du nom de Beda Jonathan Amuli qui l’a conçu en 1970. On y voit partout de petites échoppes, une foule d’acheteurs et de revendeurs. Quelques vendeurs à la sauvette qui s’y introduisent surveillent du coin de l’œil le mouvement de la Police pour ne pas être dépouillé de leurs marchandises et rudement malmené de surcroît. Ils préfèrent se rendre plus à l’ouest, au-delà de Mnazi Mmoja, dans le bouillonnant bazar de Kariakoo. L’activité commerciale s’estompe tard dans la nuit quand l’heure de rentrer à la maison approche. Des scènes de bousculade comme on n’en voit au Rail Da de Bamako redoublent d’intensité autour des Dala-Dala et Bajaj. Chacun voulant rejoindre son domicile situé soit au quartier de Sinza, Mlimani City ou encore dans les coins dangereux de Manzese et de Tandale. Le trajet est épuisant et peut prendre plus d’une heure.
Dar Es Salaam s’est donc étendue le long des routes qui s’enfoncent dans le pays profond sans jamais véritablement franchir le bras de mer qui sépare le centre historique du quartier de Kigamboni dans le sud-est. Un Ferry assure la traversée, mais ne résout pas fondamentalement la problématique d’une urbanisation harmonieuse de la ville en rapport avec son histoire, ses valeurs culturelles, son mode de vie, ses traditions. C’est pourquoi d’ailleurs un groupe d’architectes se bat en ce moment pour contrer la destruction programmée de ce qui reste de ce patrimoine architectural riche.
Pour régler l’épineuse question de la surpopulation, les autorités du pays veulent construire une ville moderne afin d’attirer encore d’avantage les investisseurs. Cette ville moderne s’appelle Kigamboni City. Un nouveau quartier d’affaires va surgir de terre dans quelques années. C’est une entreprise sud-coréenne, Land and Housing Corporation qui a conçu ce projet futuriste. La nouvelle ville aura ses luxueux hôtels, ses tours de verre, ses avenues, ses zones industrielles et résidentielles. Pour y parvenir, le gouvernement doit faire déguerpir les populations de Kigamboni.

Certes la terre appartient à l’Etat qui peut à tout moment s’en approprier pour réaliser des programmes sociaux ou des infrastructures. Mais il doit en retour, pour conjurer des conflits sociaux préjudiciables au bon démarrage du projet, imaginer un programme attractif qui consiste à offrir des compensations financières aux familles ou les reloger dans des appartements. Aujourd’hui, le projet de construction de la ville moderne reste suspendu à la création de deux ponts enjambant le bras de mer et d’un tunnel.
A ce jour, seul un pont est en construction par les chinois. Mais pour autant, les problèmes de Dar Es Salaam seront-ils réglés ? La réponse viendra sans doute d’un consortium de consultants sollicités à cet effet. Il s’agit de revoir le système de transport en commun, la pénurie d’eau, les nombreuses fosses septiques qui sont rejetées dans la mer. Sans oublier que les effets du réchauffement climatique pourraient constituer à terme une menace pour certains hôtels situés en bordure de mer.
De Dar Es Salaam, la correspondance particulière de Nouhoum Keita

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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